Personne n’aime découvrir après coup qu’il a été enregistré. Tout le monde, ou presque, accepte de l’être quand on le lui demande simplement. Entre les deux, il n’y a qu’une phrase, dite au bon moment.
Ce guide n’est pas un avis juridique. Les règles changent d’un pays à l’autre et selon que vous agissez comme particulier ou comme professionnel : pour un cas précis, consultez un juriste.
Pourquoi le dire, toujours
Parce que c’est la moindre des choses. Votre client vous parle de son entreprise, de ses doutes, parfois de ses chiffres. Il a le droit de savoir que ses mots sont conservés.
Parce que la relation en dépend. Un enregistrement découvert après coup détruit une confiance qu’aucune explication ne répare. Un enregistrement annoncé ne dérange presque personne.
Parce que les textes vont dans ce sens. Sans entrer dans le détail :
- en Europe, le règlement général sur la protection des données appelle donnée personnelle toute information se rapportant à une personne identifiable. La CNIL, l’autorité française, précise qu’une personne peut être identifiée par sa voix ou son image ;
- une organisation qui traite des données personnelles doit dire aux personnes concernées qui elle est et ce qu’elle compte en faire, rappelle la Commission européenne ;
- pour les appels téléphoniques enregistrés par un organisme, la CNIL écrit que chaque interlocuteur doit être informé au moment de l’appel : du but, des destinataires, de son droit de s’y opposer et d’accéder à l’enregistrement ;
- en France, l’article 226-1 du Code pénal punit d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait de porter volontairement atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui en enregistrant, sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel. Le même article présume ce consentement quand l’enregistrement se fait au vu et au su des intéressés, sans qu’ils s’y opposent alors qu’ils le pouvaient.
Ce dernier texte ne dit pas que tout appel enregistré est un délit. Il dit où se trouve la limite, et de quel côté vous place le fait d’avoir prévenu.
Quand la plateforme prévient, et quand elle ne prévient pas
Les trois grandes plateformes d’appel signalent leurs propres enregistrements.
| Plateforme | Ce que voient les participants |
|---|---|
| Google Meet | une notification quand l’enregistrement commence et quand il s’arrête |
| Zoom | un message à l’écran, que chacun accepte pour rester ou refuse en quittant l’appel |
| Microsoft Teams | une notification dès que l’enregistrement démarre |
C’est ce qu’écrivent Google, Zoom et Microsoft dans leur aide. Microsoft ajoute que, selon la région, il peut falloir l’autorisation de chacun avant de l’enregistrer.
Ces notifications ne concernent que l’enregistreur de la plateforme. Un outil extérieur, qu’il s’agisse d’une extension de navigateur, d’un logiciel de capture d’écran ou d’un enregistreur posé sur le bureau, n’en déclenche aucune.
Dans ce cas, personne ne prévient à votre place. C’est une raison de plus de le dire, pas une raison de s’en dispenser : l’absence de bandeau ne vaut pas accord.
Les quatre choses à dire
Une annonce complète tient en quatre informations.
- Que vous enregistrez. Sans détour : « j’enregistre cet appel ».
- Pourquoi. Pour en garder une trace, pour en tirer des vidéos, pour vous former.
- Qui y aura accès, et ce que vous en ferez. Vous seul, votre équipe, ou un public si vous publiez des extraits.
- Que la personne peut dire non. Et que cela ne change rien à la suite de l’appel.
L’autorité britannique de protection des données, l’ICO, le résume ainsi dans ses conseils aux petites organisations : avant d’enregistrer, dites aux gens pourquoi vous enregistrez, ce que vous en ferez et combien de temps vous le garderez.
Le bon moment : deux fois plutôt qu’une
Dans l’invitation. Une ligne écrite laisse le temps de réfléchir et de refuser sans gêne. « J’enregistre mes appels de conseil pour en tirer de courtes vidéos de mes réponses. Dites-moi si vous préférez que je ne le fasse pas. »
Au début de l’appel, à voix haute, avant de lancer l’enregistrement. Pas après cinq minutes, pas « au fait, ça enregistre ». Vous posez la question, vous attendez la réponse, puis vous enregistrez.
Si quelqu’un rejoint l’appel en cours de route, recommencez pour lui.
Les phrases, selon la situation
Avec un client que vous connaissez. « Avant de commencer : j’enregistre nos appels pour en tirer de courtes vidéos où je réponds à des questions générales. On ne vous y voit pas et on ne vous y entend pas. Est-ce que cela vous va pour aujourd’hui ? »
Avec un prospect, au premier appel. « J’enregistre mes appels de découverte, uniquement pour réutiliser mes propres explications. Rien de ce que vous me dites n’est publié. Si vous préférez que je n’enregistre pas, dites-le-moi, cela ne change rien. »
En séance de coaching. « J’aimerais enregistrer cette séance. Je n’en garderais que des passages où je parle de méthode, jamais de votre situation. Vous pouvez refuser, maintenant ou plus tard. »
Devant un groupe. « Cette session est enregistrée. J’en publierai des extraits où l’on me voit répondre. Si vous posez une question, votre image sera floutée et votre voix modifiée. Si vous préférez ne pas apparaître du tout, coupez votre caméra et écrivez vos questions. »
Avec un invité dont vous voulez publier les propos. « J’enregistre cet échange pour en publier des extraits, où vous apparaîtrez. Je vous enverrai chaque extrait avant de le mettre en ligne, et vous pourrez en refuser. »
Si quelqu’un hésite ou refuse
N’insistez pas, et n’enregistrez pas. Un accord obtenu à force d’arguments n’en est pas un.
Vous pouvez en revanche proposer ce qui lève souvent l’hésitation :
- ne garder que vos propres réponses ;
- flouter la personne et modifier sa voix dans tout ce qui serait publié ;
- lui montrer chaque extrait avant publication ;
- arrêter l’enregistrement à tout moment, sur simple demande.
Et si la réponse reste non, tenez l’appel normalement. Vous en aurez d’autres.
Enregistrer n’est pas publier
C’est la confusion la plus fréquente. Un accord pour être enregistré n’est pas un accord pour être publié.
Deux étapes, deux accords :
- le premier, avant l’appel, pour enregistrer ;
- le second, avant la mise en ligne, pour tout extrait qui montre la personne, la fait entendre ou la cite. De préférence par écrit, et après qu’elle a vu l’extrait.
Ce que vous dites vous-même, sur un sujet général, sans rien révéler de votre interlocuteur, est ce qui se publie le plus simplement. C’est aussi ce qui fait les meilleurs extraits : voyez Choisir ses extraits vidéo. Pour les coachs, dont le métier repose sur la confidentialité, nous avons écrit un guide à part.
Gardez une trace
Un accord oral existe, et il ne se prouve pas. Trois habitudes simples :
- la ligne dans l’invitation, qui reste dans les messages envoyés ;
- la question posée à voix haute une fois l’enregistrement lancé, pour que la réponse y figure aussi ;
- un courriel pour tout accord de publication, avec l’extrait concerné.
Ce que fait Dailies, et ce qu’il vous laisse
Dailies est une extension Chrome qui enregistre les appels que vous tenez sur Google Meet, Microsoft Teams ou Zoom, en français ou en anglais, et en tire des shorts verticaux sous-titrés. Elle enregistre depuis votre navigateur, et non avec l’enregistreur de la plateforme : c’est donc à vous de prévenir vos invités.
- Un interrupteur floute vos invités et anonymise leur voix dans vos shorts.
- Rien ne se publie tout seul. Vous téléchargez les shorts que vous choisissez, et vous les mettez en ligne vous-même.
- Vos enregistrements n’entraînent aucun modèle, ni le nôtre ni celui d’un autre.
L’essentiel
- Dites-le toujours, avant d’enregistrer, et attendez une réponse claire.
- Quatre informations : vous enregistrez, pourquoi, pour qui, et l’on peut refuser.
- L’enregistreur d’une plateforme prévient les participants ; un outil extérieur ne le fait pas à votre place.
- Enregistrer n’est pas publier : il faut un second accord pour tout ce qui montre ou cite la personne.
- Gardez une trace écrite.
Sources
- Union européenne, règlement (UE) 2016/679, article 4.
- CNIL, définition d’une donnée personnelle et enregistrement des conversations téléphoniques.
- Commission européenne, principes du RGPD.
- Légifrance, Code pénal, article 226-1, version en vigueur depuis le 23 mars 2024.
- Information Commissioner’s Office (Royaume-Uni), conseils aux petites organisations.
- Aides de Google Meet, de Zoom et de Microsoft Teams, lues le 1er octobre 2026.